Homélie :
« Mon fils, accueille mes paroles garde précieusement mes préceptes, rends ton oreille attentive à la sagesse, incline ton cœur vers la vérité » nous dit le texte du livre des Proverbes que nous venons d’entendre. Mêmes Paroles empruntées par saint Benoît pour ses disciples, au début du prologue de sa Règle de vie. Lui-même touché par la grâce de l’Esprit-Saint et rempli de la présence de Dieu, il ne pouvait pas enseigner autrement qu’il ne vivait.
A ses fils et filles que nous sommes tous, Saint Benoît nous exhorte à nous mettre sous la conduite de l’Évangile pour avancer de plus en plus vers Dieu jusqu’à parvenir ensemble dans la demeure de son royaume. Le premier mot du Prologue nous ramène au fondement d’une telle progression, à son essence profonde : « écoute ». « Écoute, nous dit en substance saint Benoît, accomplis, et tu parviendras ». Nous voila tous invités à écouter quotidiennement la Parole de Dieu dans notre vie.
Telles sont les paroles par lesquelles le bienheureux Benoît nous exhorte. Et de fait, celui-ci étant rempli de l’Esprit-Saint nous exhorte à nous améliorer. L’écoute à laquelle nous sommes conviés nous situe en face de quelqu’un, elle procède d’une relation, nous introduit dans une réciprocité. Ecouter, c’est vivre sous le regard de Dieu. « Ouvrons les yeux à la lumière divine, ayons les oreilles attentives à la voix de Dieu. »
Être disciple c’est se mettre à l’école de quelqu’un, c’est choisir quelqu’un pour maître. C’est aussi s’avoir que nous avons des choses à apprendre. Vouloir être disciple de Jésus, c’est tout quitter pour le suivre. Et Le suivre, c’est ne pas être là où Jésus n’est pas, ne pas aller où il ne saurait aller. C’est aller là où il va. Y aller avec lui. Ne pas prétendre le devancer et allez plus vite que lui, mais marcher derrière lui, humblement. C’est la conduite à tenir que Saint Benoît propose dans sa Règle pour qui veut suivre le Christ et parvenir à la vie éternelle. « Écoute, accomplis, et tu parviendras. »
Tout quitter pour s’attacher à la Personne de Notre Seigneur, voilà qui porte du fruit nous dit Jésus. L’amitié seule peut expliquer une telle fécondité, amitié que le jeune homme riche de l’évangile, que nous connaissons bien, n’a pas saisie. Notre union avec Notre Seigneur et les biens surnaturels qui en sont le fruit, sont à proportion de notre disposition à perdre tout autre attachement.
Sœur Anne Véronique et Sœur Marielle, vous fêtez aujourd’hui votre jubilé de vos 50 ans de profession religieuse comme moniales-oblates bénédictines de l’abbaye du Bec. Nos deux communautés sont dans la joie et dans l’allégresse pour cet événement d’Église riche en grâce et en bénédiction de la part de Dieu. Le « oui » prononcé le 11 juillet 1976 a été renouvelé plusieurs fois, pour ne pas dire tous les jours, au cours de ces cinquante années, dans des fidélités quotidiennes, grandes ou petites, dans la prière persévérante en communauté et dans la louange.
Votre action de grâce d’aujourd’hui et votre volonté de fidélité à la suite du Christ, qui vous a appelées à être témoins de sa grâce et de sa miséricorde, dans vos communautés, sont d’abord et avant tout une reconnaissance de la fidélité et de l’amour inconditionnel de Dieu envers vous. C’est aussi une joie et un témoignage pour tous, pour l’Église, en particulier pour les jeunes, en quête de sens de leur existence : la joie du don total de soi, pour appartenir totalement au Christ.
Cette joie du don total de soi que vous aviez manifestée au jour de votre première oblation, il y a 50 ans, vous la réitérez encore aujourd’hui dans le même élan d’action de grâce. Avec vous, et en communion avec tous nos frères et sœurs, je reprends le texte tiré de l’épître aux Éphésiens chapitre 1, 3-14, que vous aviez pris comme devise, et comme chant de louange, de bénédiction et d’action de grâce :
« Béni soit Dieu le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ. Il nous a choisis en Lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour. Il nous a d’avance destinés à être pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ : Voilà ce qu’il a voulu dans sa bienveillance pour que soit chantée la merveille du don gratuit qu’il nous a fait en son Fils bien-Aimé. »
Qu’il vous comble de sa grâce et de ses bénédictions, qu’il continue à faire de vous des femmes joyeuses et des témoins dévouées de son Amour, Amen. Et Bonne fête à tous.
Père Dieudonné
Prieur du Bec