La résurrection de Jésus n’est pas déraisonnable

Un jour, au début de l’ère chrétienne, Paul paraissant devant le Sanhédrin où Pharisiens et Sadducéens étaient rassemblés pour le juger, trouva le moyen de diviser ses accusateurs en leur parlant de résurrection des morts, à propos de son Maître Jésus.

Il savait pertinemment que les uns, les Pharisiens, professaient la réalité de la résurrection, les autres, les Sadducéens la niant totalement. Le résultat fut immédiat: on en vint aux mains, et le tribun de la cohorte dut l’extraire de l’émeute et le ramener à la forteresse, pour éviter qu’il ne soit mis en pièces. (cf. Ac 23, 1-11)

La résurrection de Jésus n’est pas déraisonnable, mais pas de l’ordre du démontrable

Une autre fois, à Athènes, annonçant que Dieu avait ressuscité Son Fils, l’homme qu’il avait désigné pour réaliser Son dessein de Salut, déclencha l’hilarité de la foule: Nous t’entendrons là-dessus une autre fois! (Ac 17, 30-34) Serions-nous si naïfs, si crédules que cela, en confessant que Jésus est ressuscité et en laissant éclater notre joie?

La résurrection de Jésus n’est pas déraisonnable, mais pas de l’ordre du démontrable. Paul, encore lui, écrira aux Chrétiens de Corinthe que semé corruptible, on ressuscite incorruptible, semé méprisable, on ressuscite dans la gloire, semé dans la faiblesse, on ressuscite plein de force, semé corps animal, on ressuscite corps spirituel… Le premier homme, tiré de la terre est terrestre; le second homme (entendons: le Christ), lui, vient du ciel. (1 Co 15, 42-48)

Comment comprendre ce mystère? D’abord, la victoire de Jésus sur le mal et la mort n’est pas une victoire comme après une guerre que l’on a gagnée. Jésus ressuscité ne déclenche pas l’explosion de joie que l’on a pu voir sur les Champs Elysées, à la fin de la deuxième guerre mondiale. Jésus ne se montrera qu’à quelques disciples, et sans aucune démonstration de puissance; il reste discret et ne fait pas de bruit. Ensuite, il ne cherche absolument pas à prendre sa revanche, à sanctionner ses bourreaux. Il a vraiment été vaincu dans sa chair, sur le terrain physique; Dieu le relève de cet anéantissement, qui doit rester une défaite, en le ressuscitant corps spirituel.

Ainsi, il apparaît aux Onze, dans la chambre haute, toutes portes closes; puis il disparaît. Quarante jours, il se montrera ainsi, puis s’effacera complètement,  après avoir assuré aux siens qu’il leur restait présent jusquà la fin des temps.

Jésus ressuscité peut seulement être reconnu dans la foi. Aucune preuve tangible à attendre! L’amour seul peut nous conduire à reconnaître que Jésus est vivant, qu’il est présent et agissant, qu’en lui nous avons part à ce relèvement.

Mais ce passage ne peut s’opérer que si  nous consentons à mourir avec lui: mourir à tout ce qui nous rend esclaves, mourir à tout ce qui obstrue l’entrée de la grâce de Dieu en nous, mourir à toutes les idoles qui prennent Sa place, mourir enfin pour de bon! Chaque jour, nous pouvons consentir à des diminutions, à des pertes, à des ruptures, sans nous complaire dans ces morts, mais en les offrant à Dieu, dans le Christ, comme des passages qui, au fil du temps, nous apprivoisent à l’ultime mort qui nous introduira dans le cœur de Dieu, Son amour qui ne passera pas, plus fort que la mort.

 En ce sens, Pâques, c’est tous les jours, car l’amour est le porche du cœur de Dieu, et celui qui aime le plus est celui qui donne sa vie pour ceux qu’il aime, qui se perd pour lui.