Écouter une parole du Bec en 2023 – S27 – 2 juillet

Publié le

Catégorie : Vie monastique

CHAPITRE 25 : DES FAUTES PLUS GRAVES.

Dimanche 2 juillet :

     Ce chapitre peut sembler particulièrement rude et difficile à la première lecture ! Et s’il faut se référer à un texte évangélique pour le comprendre, c’est sans doute la parabole du fils prodigue qui peut le mieux l’éclairer (Luc 15, 11-32).

Le fils cadet s’est séparé volontairement de son père, dilapidé ses biens, autrement dit de la grâce. Coupé de l’amour du père, il est tombé dans le péché faisant l’expérience de la solitude, de l’abandon. Mais c’est cette expérience de mort qui lui permet de revenir en lui-même pour mesurer à quel point son péché l’a excommunié. Cette expérience de solitude que doit faire le coupable pour pouvoir prendre conscience de son erreur, avec toutes les conséquences qui en découlent, lui donne la conscience d’avoir tout perdu afin de revenir à celui dont il s’était éloigné. Et même si cette mise à l’écart lui est imposée, elle devient nécessaire pour que la conversion puisse s’opérer.CHAPITRE 26 : DE CEUX QUI, SANS ORDRES, SE JOIGNENT AUX EXCOMMUNIÉS.

Lundi 3 juillet :

Ce bref chapitre peut surprendre, et on pourrait croire saint Benoît bien sévère pour ceux qui se joignent aux excommuniés car, avec les meilleures intentions du monde, on aurait tendance à aller vers le frère mis à l’écart pour le réconforter, l’encourager, briser sa solitude, car il doit trouver le temps bien long !

Mais si Benoît donne cet avertissement au frère qui « prend sur lui, sans ordre de l’abbé, de se joindre à un frère excommunié , il tombera sous la même peine d’excommunication », c’est une preuve de sagesse et d’expérience, car c’est justement le silence et la solitude qui sont pour le fautif la meilleure thérapie pour rentrer en lui-même et rencontrer le Seigneur qui peut lui parler au cœur. Alors que les plus beaux et pieux discours peuvent faire écran à la parole de Dieu qui est le meilleur remède pour l’âme en souffrance.

Ce temps de retrait est nécessaire et doit durer autant qu’il le faudra ; c’est le Seigneur seul qui est le maître des cœurs, avec l’abbé ou l’ancien qui peuvent juger des progrès accomplis dans le cœur du pénitent. Tout autre intervention peut faire l’effet d’une intrusion et entraver le processus de guérison.

CHAPITRE 27 : COMMENT L’ABBÉ DOIT AVOIR SOUCI DES EXCOMMUNIÉS.

Mardi 4 juillet :

     Si le bref chapitre précédent pouvait paraître dur, dans la mesure où on pouvait mal le comprendre, alors qu’en fait, ce que demande saint Benoît est juste, ce nouveau chapitre, au contraire, bien plus développé, est plein d’humanité et de compassion.

Le frère coupable est considéré comme un malade qui a besoin du médecin qui est l’abbé. Celui-ci use de tous les remèdes possibles pour l’empêcher de sombrer dans la tristesse tandis que tous les frères prient pour le frère en dérive. L’abbé est ainsi assimilé au Bon Pasteur de l’Évangile qui part à la recherche de la brebis perdue. Il est une figure du Christ, comme le montre les deux images du médecin et du berger, et il déploie tous les trésors de sa sollicitude et de sa miséricorde jusqu’à ce qu’il retrouve sa brebis perdue et la ramène au troupeau. La dimension communautaire, que l’on pourrait dire ecclésiale, est bien affirmée ici. La justice de la réparation est inséparable de la miséricorde et vise toujours la communion.

 

CHAPITRE 28 : DE CEUX QUI NE VOUDRAIENT PAS S’AMENDER, BIEN QUE SOUVENT CORRIGÉS.

Mercredi 5 juillet :

Il peut arriver qu’un frère ne se corrige pas, bien que souvent repris. Saint Benoît énumère alors tous les moyens mis à la disposition de l’abbé pour sauver les pécheurs. Si même tous ces moyens sont épuisés, autrement dit toutes les médiations humaines, il reste en dernier recours la prière, celle de l’abbé lui-même, mais aussi celle de tous les frères. Autrement dit, le frère est remis ainsi à Dieu qui seul est capable de changer le cœur du coupable.

Mais là encore, Dieu respectant la liberté de chacun, il se peut que le frère ne revienne pas à Lui. Il ne reste alors qu’une solution : le renvoi du frère. Autrement dit, sa liberté lui est rendue et il devra l’assumer sans le secours de la Règle et de la vie commune. Il est ainsi délié de sa promesse, mais il n’en continue pas moins d’être un membre de l’Église. Il aura à vivre sa condition d’enfant de Dieu comme tout baptisé. Et on peut espérer que ce retour dans le siècle soit pour lui l’occasion de vivre et d’agir de manière responsable et non de tout abandonner.

 

CHAPITRE 29 : SI LES FRÈRES SORTIS DU MONASTÈRE DOIVENT Y ÊTRE RECUS À NOUVEAU.

Jeudi 6 juillet :

Ce chapitre de la Règle peut être éclairé, comme les précédents, par le dernier des instruments des bonnes œuvres qui est une belle note d’optimisme : « Et de la miséricorde de Dieu, ne jamais désespérer » (Chap. 7, 74).

C’est vraiment cette attitude qui inspire saint Benoît dans tous ces chapitres pénitentiels où il a toujours en vue le retour en grâce du frère coupable qui s’est donc coupé de la communauté et, de ce fait, coupé aussi de Dieu et de lui-même. Mais une chance lui est offerte de revenir, après ce chemin de conversion, et même jusqu’à trois fois prévoit saint Benoît car, par la communauté qui le recevra de nouveau, c’est Dieu lui-même qui veut lui manifester sa miséricorde. Aussi pour l’accueillir, il doit donner la preuve de son humilité et recommencer tout le parcours monastique en se remettant à l’école du service du Seigneur selon la Règle.

On connaît dans la Bible l’importance du chiffre ‘’trois’’ pour montrer qu’une décision ou une action sont assurées et définitives. On connaît le triple reniement de saint Pierre qui sera réparé par sa triple déclaration d’amour et la réponse de Jésus lui confiant sa mission répétée trois fois aussi. Mais, si au bout de trois fois, il doit sortir à nouveau, on peut penser que la vie monastique ne lui convient pas et qu’il doit chercher une autre voie car, bien sûr, il ne faut pas voir cette décision comme un châtiment, mais plutôt comme la constatation d’une évidence : ce frère est appelé à une autre vocation dans laquelle, espérons-le, il pourra s’épanouir et faire l’expérience de la miséricorde divine.

CHAPITRE 30 : DES JEUNES ENFANTS ; COMMENT ON LES CORRIGE.

Vendredi 7 juillet :

Ce chapitre qui concerne les enfants offerts au monastère est d’une certaine manière en concordance avec ce qui est dit au chapitre 3 sur l’appel des frères en conseil. En effet, saint Benoît pense que des jeunes peuvent avoir des avis pleins de sagesse, car il est question ici, non seulement de l’âge, mais surtout du jugement et de la sagesse de la personne.

Il y a dans ce chapitre, comme dans les précédents, une invitation pour nous à agir en véritable adultes, tout en vivant dans l’obéissance, une obéissance qui ne soit pas infantile, mais celle du Christ obéissant à son Père.

CHAPITRE 31 : DU CELLÉRIER DU MONASTÈRE, QUEL IL DOIT ÊTRE.

Samedi 8 juillet :

Ce chapitre sur le cellérier qui a une place si importante dans la communauté, parle de lui-même et saint Benoît en brosse ici le portrait idéal. Le cellérier du monastère a la charge de toute l’organisation matérielle et de la gestion des biens de la communauté. Il en ressort que cette charge le met au service des personnes. Il doit exercer sa charge dans la crainte de Dieu et être pour tous ses frères comme un père, cherchant le bien de la communauté, attentif aux besoins de chacun, tout en veillant à la juste mesure et à l’équité entre tous, prenant soin des faibles et des malades, humble et conscient de ses limites, disponible, bien présent, mais sachant aussi s’effacer. Il ne fait rien qui ne soit en accord avec son abbé pour toujours garder ce juste équilibre. On pourrait énumérer encore d’autres qualités requises pour le cellérier.

Mais si l’on y regarde bien, ces qualités qui lui sont demandées sont aussi demandées à chacun des frères ; nous avons à sortir de nous-mêmes pour être attentifs les uns aux autres.

 

 

Frère Claude
Prieur du Bec

Le retour du fils prodigue - Tissot 1862 - Petit Palais