Écouter une parole du Bec en 2022 – S52

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Catégorie : Vie monastique

LXVII. DES FRÈRES QUI PARTENT EN VOYAGE.

Dimanche 25 décembre :

Bonne fête de Noël à tous. Noël est toujours une fête des commencements, d’humilité. Elle nous oblige à changer nos regards, car c’est dans l’humilité que Dieu se manifeste toujours. Alors que nous sommes tentés par de grandes actions, des manifestations de puissance, Dieu nous invite à regarder ce qui est faible, ce qui est fragile, ce qui est humble et il nous parle au cœur dans le silence, dans cette pauvreté.

Il nous invite aussi à garder confiance dans l’adversité, à raviver notre espérance lorsque nous sommes en situation de fragilité et de misère. Cela demande une conversion du cœur et du regard. C’est un peu déroutant, mais Il est venu pour partager notre humanité avec toutes ses pauvretés.L’Évangile nous le redit sans cesse. Ces situations de faiblesse et de précarité concernent non seulement nos communautés, mais aussi l’Église en beaucoup d’endroits, ainsi que tous les pays actuellement toujours en guerre. Donc, soyons unis entre nous et avec tous qui connaissent les mêmes épreuves. Et que cette fête de Noël ravive notre foi et notre amour.

LXVIII. SI L’ON COMMANDE À UN FRÈRE DES CHOSES IMPOSSIBLES.

Lundi 26 décembre :

En ces jours qui ont culminé avec la célébration de la fête de Noël, laissons-nous pénétrer par sa grâce. La préparation, les évènements qui l’ont précédée ont pu nous accaparer comme tous les jours suivants qui peuvent être occupés par mille choses… Mais profitons du temps dont nous pouvons disposer pour relire les textes de la Liturgie, nous en pénétrer et les approfondir, afin que la Parole de Dieu, qui est le Verbe fait chair à Noël, puisse nous habiter, nous pacifier.

Et que tout ce temps, commencé avec celui de l’Avent, soit un nouveau départ pour notre vie.

LXIX. QUE NUL DANS LE MONASTÈRE NE SE PERMETTE D’EN DÉFENDRE UN AUTRE.

Mardi 27 décembre :

Continuons en ces jours de nous laisser habiter par la Parole de Dieu à travers tous les textes d’une liturgie très riche. Dans la naissance de Jésus, toutes les annonces de sa venue s’éclairent les unes par les autres.

Dans l’octave de Noël, les différentes fêtes qui se suivent, les mémoires de martyrs comme saint Etienne hier, ou d’apôtre, comme saint Jean aujourd’hui, nous montrent que tous ces témoins proclament la Seigneurie de Jésus qui est venu à nous pour nous donner sa vie, et sa vie divine. C’est bien le but de son incarnation.

LXX. QUE NUL NE SE PERMETTE D’EN FRAPPER D’AUTRES.

Mercredi 28 décembre, fête des saints innocents :

D’un commentaire de Dom Guillaume : « Grande est la tentation ‘’d’exclure ou de frapper’’ quand quelqu’un nous agace ou nous est insupportable. Il est en effet difficile de résister à ce sentiment d’impuissance qui nous submerge quand un frère n’agit pas comme il devrait ou comme nous le voudrions. Car, en fait, le problème véritable n’est pas d’abord le frère, mais plutôt la réaction qu’il suscite en nous.

Or, par son interdiction formelle et absolue ‘’d’exclure ou de frapper’’, saint Benoît nous interdit de céder à ce premier mouvement qui remonte du plus profond de nous-mêmes, et submerge notre conscience avec une telle violence, car frapper ou exclure ne résoudrait rien. Cela nous permettrait seulement d’évacuer la tension qui nous a envahis, mais ne toucherait pas les causes profondes !

Ainsi, ce faisant, Benoît nous laisse seul face à ce monstre remonté des profondeurs de notre cœur, et qui risque de nous submerger complètement. En nous fermant les voies habituelles qui nous permettraient de faire sortir la violence qui nous habite, il nous place devant un choix radical !

Mais qu’allons-nous faire de cette violence ? Car le risque alors, serait de la retourner contre nous-mêmes, de nous culpabiliser, ou encore d’en vouloir au monde entier ! Comment affronter ce monstre tapi au plus intime de nous-mêmes, et que notre frère a malencontreusement réveillé, parfois sans en avoir toujours conscience ?

L’unique moyen de vaincre le venin de la violence, c’est d’apprendre à aimer. Et le premier pas dans cette école de l’amour, c’est de reconnaître qu’on ne sait pas aimer. C’est pourquoi saint Benoît cite la formule négative de la règle d’or : « Ce que tu ne veux pas qu’on te fasse, ne le fais pas à autrui ». Celui qui sait qu’il ne sait pas aimer a déjà commencé à combattre ce monstre intérieur ! Il peut comprendre de l’intérieur le combat de l’Apocalypse. »

 

LXXI. QU’ILS SOIENT OBÉISSANTS ENTRE EUX.

Jeudi 29 décembre :

Lorsqu’on parle d’obéissance dans le monde, cette réalité (pas seulement le mot, mais aussi l’acte), est perçue de façon négative : c’est une entrave à sa liberté, à son épanouissement personnel ! Et pourtant, pour nous qui promettons l’obéissance qui est même le premier des vœux que nous promettons à notre profession monastique, c’est une réalité constitutive de notre vie de moine. C’est même, nous dit saint Benoît, le moyen d’aller à Dieu. Et cette obéissance est due à l’abbé comme aux frères.

Et pour qu’elle puisse être perçue, non comme un fardeau, mais comme un moyen d’aller à Dieu, il ne faut pas oublier ce que saint Benoît nous dit de l’obéissance, qu’elle soit exécutée, non dans la contrainte, mais : « dans l’empressement de la charité », car l’obéissance sans l’amour devient un fardeau et l’ordre est exécuté à contrecœur.  Au contraire, si elle est vécue dans la charité, comme un service et dans l’oubli de soi, elle est source de joie et de liberté.

Les textes de la liturgie d’aujourd’hui nous en donnent un exemple : saint Jean nous dit que pour celui qui garde la Parole de Dieu et ses commandements, le Seigneur demeure en lui et l’amour de Dieu atteint en lui la perfection (1 Jn.2,3-11). L’Évangile nous propose aussi un bel exemple d’obéissance des parents de Jésus qui vont le présenter au Temple de Jérusalem pour sa consécration au Seigneur (Luc 2,22-35). Et ce faisant, même s’il est encore trop jeune pour le comprendre, Jésus est déjà pris dans ce mouvement d’obéissance à son Père et dont toute sa vie portera témoignage.

 

LXXII. DU BON ZÈLE QUE DOIVENT AVOIR LES FRÈRES.

Vendredi 30 décembre :

Tout au long de sa Règle, saint Benoît a développé ce qui fait la vie du moine, en énonçant d’abord les valeurs de base : la place de l’abbé, l’obéissance, le silence et surtout l’humilité ; puis tout ce qui constitue la vie quotidienne : offices, relations fraternelles, fonctions et services, travail, organisation… On voit aussi combien, à tout moment, saint Benoît est très attentif aux personnes, tout en veillant à ce que les frères témoignent également, de cette même attention entre eux.

Tout ce qui est dit depuis le début trouve son épilogue dans ce chapitre de conclusion qui est une sorte d’hymne à la charité. Benoît le décline en huit propositions qui progressent depuis le respect mutuel et la patience, jusqu’à l’amour du Christ qui promet la vie éternelle à ceux qui mettent en œuvre ce commandement de la charité. C’est tout un programme que nous n’avons jamais fini de mettre en pratique. La vraie charité suppose l’oubli de soi et l’ouverture de cœur aux autres et à Dieu, tant on ne peut dissocier l’amour de Dieu de celui du prochain. Et si la liturgie du temps de Noël nous propose la première Épitre de saint Jean qui est consacrée à l’amour, c’est que nous n’aurons jamais fini d’y puiser comme à la source même de la charité.

 

LXXIII. QU’EN CETTE RÈGLE N’EST PAS CODIFIÉE L’OBSERVANCE DE TOUTE JUSTICE.

Samedi 31 décembre :

Une fois de plus, nous arrivons à la fin de la Règle, et en même temps, à la fin de l’année. Mais nous savons que ces deux fins ne sont pas une conclusion et que demain nous reprendrons la lecture de la Règle et qu’une nouvelle année recommencera, sans que ce soit un cycle perpétuel.

Nous venons de fêter la naissance de Jésus parmi nous et nous savons combien sa venue a changé le cours de l’histoire. Mais Il est venu une fois pour toutes, sans retour en arrière. Nous devons marcher à sa suite vers la réalisation du monde nouveau que Dieu nous promet car, par la mort et la Résurrection du Christ, nous entrons dans la création nouvelle qu’Il nous a promis. Et la Règle qui nous est offerte est un de ces moyens pour marcher à la suite du Christ, même si saint Benoît reconnaît qu’elle n’est qu’un modeste moyen parme d’autres ; la route la plus sûre restant l’Évangile, la Parole de Dieu.

Mais il nous faut reconnaître avec saint Benoît que nous restons encore que des débutants et que nous sommes encore loin des sommets de perfection que tant de saints ont pu atteindre. Nous devons accepter cette évidence avec humilité, sans pour autant nous complaire dans une confortable médiocrité sous prétexte que la sainteté est hors de notre portée. La Règle est justement là pour nous aider à avancer à la suite du Seigneur.