Homélie :
Frères et sœur dans le Christ,
Nous célébrons en ce jour la solennité du Sacré Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ. L’institution de cette solennité le vendredi après le dimanche du Très Saint Sacrement est une recommandation du Christ lui-même à Sainte Marguerite Marie Alacoque dans une vision en 1675.
Cette solennité met en évidence deux réalités : celle du cœur de Dieu qui est sacré et celle du cœur de l’homme qui doit être consacré. Ces deux réalités ne peuvent être liées que par les ficelles de l’amour et de la miséricorde.
En effet, Dieu a crée l’homme par amour, pour qu’il soit consacré à lui obéir et à l’aimer. Mais la désobéissance de nos premiers parents rendra profane toute l’humanité car le cœur de l’homme devient malade. Par la force de sa miséricorde et son amour, Dieu n’a jamais cessé de mettre à jour notre processus de consécration. C’est d’ailleurs le contenu de la première lecture, où Moïse rappelle à l’humanité, à travers le peuple d’Israël, qu’elle est faite pour Dieu, elle est consacrée à Dieu. Mais que cette consécration ne tiendra que si et seulement si l’homme respecte les commandements de Dieu.
Ces commandements, Jésus les résume par l’amour de Dieu et du prochain. Saint Paul dans la deuxième lecture nous révèle que l’expression par excellence de l’amour se trouve dans le sacrifice. C’est Dieu qui nous a aimé en premier et la preuve de cet amour c’est qu’il a sacrifié son unique Fils. Ainsi, à sa suite, nous devons sacrifier ce que nous avons et ce que nous sommes pour l’épanouissement du prochain et pour l’avènement du Règne du Christ. Or, il est impossible de sacrifier si on n’est pas doux et humble de cœur, d’où l’interpellation de Jésus dans l’évangile : devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur. Le disciple, le chrétien doit s’efforcer d’être comme le Maître, doux et humble de cœur.
Donc, célébrer le Sacré Cœur de Jésus c’est revoir l’état actuel de notre cœur. Notre cœur est-il en bonne santé ? Est-il consacré, c’est-à-dire fait pour Dieu ? Notre cœur n’est-il pas malade ? N’est-il pas un tribunal de grande instance, où nous jugeons, condamnons et lapidons les enfants de Dieu ? Notre cœur n’est-il pas une prison où nous enfermons nos soit disant ennemis, nos frères et sœurs, pourtant le seul ennemi c’est le diable ?
Oui, chers frères et sœurs, le cœur n’est pas fait pour juger, pour condamner, pour tuer. Il est fait pour aimer, un amour sans condition, qui porte au sacrifice dans le don de ce que nous sommes et de ce que nous avons. Soyons fiers de nous sacrifier, de tout perdre, d’être « malheureux » juste pour semer la joie autour de nous, juste pour voir debout l’œuvre de Dieu. Acceptons les ingratitudes des hommes, car la seule raison de notre sacrifice est le sacrifice du Christ, c’est l’amour de son Cœur Sacré. Si on te demandait pourquoi tu aimes ? La seule réponse valable est la suivante : « J’aime parce que Dieu m’a aimé en premier, et son Amour m’oblige à consacrer mon cœur à l’aimer et à aimer mes frères et sœurs ».
Biens aimés du Seigneur, pendant l’évènement du COVID, vous vous rappelez, le monde-entier se lavait les mains, tant de gels ont été créé pour se désinfecter les mains : c’était très bien. Mais avoir les mains propres et le cœur sale nous conduit à notre propre perte. Nous devons plutôt commencer par laver notre cœur, le désinfecter du microbe de l’égoïsme, du microbe de la recherche du profit terrestre à tout prix, du microbe de la jalousie, du microbe de la haine, du microbe de la calomnie, du microbe de la persécution des autres. Convertissons l’égoïsme de notre cœur en amour total pour Dieu à travers sa créature : c’est en faisant ainsi que nous changerons le monde.
Profitons de cette solennité pour ouvrir large les barrières de notre cœur. Ouvrons large les portails de notre cœur spécialement à ceux là que nous redoutons, pour les embrasser, pas dans le but de étouffer, mais de les réchauffer, de leur donner du sourire, de l’espoir. Saint Jean, à la suite du Christ, nous dit « de nous aimer les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. » En effet, pour Dieu, amour et miséricorde vont toujours ensemble. Car il n’y a pas d’amour sans pardon ni de pardon sans amour.
Ce n’est pas anodin que l’Église choisi de célébrer le Cœur Sacré de son Maître le vendredi après le dimanche du Corps et du Sang du Christ, de la fête-Dieu. Le vendredi c’est le jour par excellence de la miséricorde, voilà pourquoi consacrer son cœur à Dieu c’est entrer dans la communion « trinitaire » à travers les bons actes que nous posons envers nos frères et sœurs. Dans sa grande miséricorde, que le Seigneur transforme nos cœurs et les consacrent à lui, pour que nous devenons de véritables artisans de paix et de communion.
A la lumière de ces lectures et à l’occasion de cette solennité, implorons la miséricorde de Dieu pour les offenses faites au cœur sacré de Jésus, dont nous sommes responsables et demandons-lui la grâce d’imiter les sentiments de son cœur aimant. Osons nous consacrer au Cœur Sacré de Jésus et lui renouveler sans cesse notre confiance, Amen.
Père Dieudonné
Prieur du Bec