Écouter une parole du Bec en 2023 – S38 – 17 septembre

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Catégorie : Vie monastique

Dimanche 17 septembre :

En recommandant l’appel des frères en conseil, saint Benoît insiste pour que les décisions importantes ne soient pas prises de façon arbitraire, mais qu’elles émanent de tout un processus de réflexion et d’échange communautaire. Dans ces réunions, il est nécessaire de s’exprimer et d’écouter l’autre avec respect et sans imposer son point de vue âprement et au mépris de celui des autres. Et dans cet échange, nous croyons que l’Esprit-Saint est à l’œuvre avec nous.

Pour cela, saint Benoît donne une référence qui est la Règle pour tous. Elle se réfère elle-même à la Parole de Dieu et à sa volonté. Elle est l’inspiration de nos avis, de nos décisions, de nos actes, et c’est sur elle que tous doivent s’accorder, même s’il faut l’interpréter et la comprendre en fonction de nos situations du moment.

Il faut aussi signaler cet avertissement de saint Benoît pour que personne ne vive isolé dans le monastère, agissant uniquement selon sa volonté propre. La vie commune nous rappelle les exigences de respect, d’attention aux autres et d’obéissance à la Règle.

  1. QUELS SONT LES INSTRUMENTS DES BONNES ŒUVRES.

Lundi 18 septembre :

La première partie de ce chapitre 4 pourrait s’intituler : ‘’ Les commandements de l’amour’’ ou d’une autre formule approchante. Elle est encadrée par le grand commandement qui est le fondement de la Loi de Moïse : « D’abord aimer le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de tout… etc. Ensuite, aimer ton prochain comme toi-même », ainsi que par cette recommandation qui revient plusieurs fois dans la Règle : « Ne rien faire passer avant l’amour du Christ ». Au verset 10, il y a aussi ce rappel : « Se refuser soi-même à soi-même pour suivre le Christ ».

L’amour de Dieu est donc capital, mais tout autant inséparable de l’amour du prochain, le l’amour de l’autre. Tous les instruments intermédiaires déclinent les différentes formes de l’amour du prochain, et elles sont aussi nombreuses que variées. Il y a bien sûr les commandements de base que l’on trouve dans le Décalogue et qui appartiennent à la morale universelle, même si on peut s’étonner de les voir proposer à des moines. Mais ne sommes-nous pas aussi des hommes avec les mêmes tendances mauvaises ? Car, sans aller jusqu’à tuer physiquement, ne peut-il pas nous arriver de ‘’tuer’’ par une parole blessante ?

Les occasions de mettre en pratique la charité sont nombreuses. Et s’il ne nous est pas demandé d’aller au bout du monde pour la pratiquer, nous avons à rester attentifs à nos frères, là où nous sommes, pour accueillir l’imprévu.

Ce commandement de l’amour éclaire et dynamise toute notre vie. S’ils sont pénétrés intérieurement par l’amour, tous les commandements et instruments énumérés ici ne sont pas de simples principes imposés de l’extérieur, même s’il nous semble évident de les mettre en œuvre, mais ils sont reçus et vécus comme l’expression de notre amour pour Dieu et pour notre prochain. Ils nous décentrent de nous-même en nous tournant vers Dieu et vers nos frères et, comme le dit l’Écriture, ils ne sont pas des fardeaux pesants car l’amour les rend plus facile à pratiquer avec un cœur joyeux.

Mardi 19 septembre :

Dans cette série d’instruments des bonnes œuvres, plusieurs concernent la vérité et la sincérité. Ce sont des recommandations que l’on retrouve ailleurs dans la Règle, par exemple dans le Prologue. La sincérité, la droiture de cœur, sont une condition pour obtenir la vie vraie et éternelle.

Et ce souci d’être vrai dans son cœur, dans ses paroles, comme aussi dans ses actes, doit amener à accepter l’injustice qui peut nous être faite, et à aimer ses ennemis, car répondre à l’injustice par la colère ou la vengeance, ne fait qu’aggraver le mal. Il faut donc nous en remettre à Dieu seul et lui reconnaître le bien que l’on voit en soi : « Quand on voit un bien en soi, le rapporter à Dieu, non à soi-même » nous dit saint Benoît. Si on a parfois tendance à l’interpréter comme une forme d’humilité un peu moralisante et étriquée, il faut plutôt y voir l’action de l’Esprit-Saint dans nos vies.      Le mal existe, bien sûr, et nous sommes pécheurs comme il est dit au verset suivant, le 43 : « Quant au mal, savoir qu’on l’a fait soi-même, toujours, et le mettre à son compte ». Mais nous devons reconnaître que nous sommes aussi réceptifs à la grâce et que l’Esprit-Saint est à l’œuvre en nous si nous sommes dociles à ses appels.

Et s’il n’est pas nommé dans ces instruments, le Christ y est bien présent puisqu’il les a vécu et pratiqué. Il reste donc notre modèle et notre référence. Et c’est pour nous un motif de louange et d’action de grâce.

Mercredi 20 septembre :

Si les instruments des bonnes œuvres de toute la première moitié du chapitre étaient plutôt orientés vers la vie concrète de chaque jour, en insistant sur les rapports avec autrui, la vie communautaire, mais aussi la conduite personnelle, ceux-ci sont plutôt axés vers la vie avec Dieu, pour maintenant et après la mort qui il est la perspective finale de notre vie. Nous sommes tendus vers la vie éternelle car notre vie d’ici-bas est toute tournée vers ce but et tous ces moyens proposés par saint Benoît doivent nous y préparer : l’évocation du jugement, de l’enfer, de la mort, sont un rappel de notre destinée.

En effet, saint Benoît nous rappelle que nous sommes appelé à vivre en présence de Dieu à chaque instant en attendant d’être avec Lui dans l’éternité. C’est dès maintenant que doit se préparer la rencontre définitive avec Dieu, d’où l’appel à la prière, à la vigilance sur ses pensées, ses paroles et ses actes, puisque nous sommes appelés à la sainteté.

Jeudi 21 septembre, fête de saint Matthieu :

Dans cette dernière partie des instruments des bonnes œuvres et la conclusion du chapitre 4 de la Règle, saint Benoît nous donne encore quelques instruments qui nous situent devant Dieu et dans nos relations fraternelles. Ils font écho, d’une certaine façon, au tout premier des instruments : « D’abord, aimer le Seigneur ton Dieu ; ensuite ton prochain comme toi-même ».

Tous ces conseils et ces avis pratiques concernant la discipline personnelle, les relations avec les autres et la référence à Dieu et au Christ, ne sont que la mise en œuvre des préceptes divins. Et si tout ce programme peut nous sembler difficile à mettre en pratique et décourageant par le nombre impressionnant d’instruments, car nous savons qu’il est difficile de les mettre tous en œuvre, le dernier peut suffire à nous encourager et nous rassurer : « Et de la miséricorde de Dieu, ne jamais désespérer ».

Dieu est là, Il est avec nous et Il nous guide de façon discrète, mais bien réelle. Nous connaitrons toujours des échecs, des manquements, car nous sommes pécheurs, mais le secours de Dieu nous est donné. Il nous montre sa miséricorde et ne nous la refuse jamais. Et le publicain Matthieu que nous fêtons aujourd’hui en a fait l’expérience comme le récit de sa vocation nous le montre justement dans l’évangile que nous lisons aujourd’hui pour sa fête et où Jésus cite le prophète Osée : « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices ». Et il ajoute : « Je ne suis pas appelé les justes, mais les pêcheurs ».

Nous sommes toujours en chemin de conversion sur lequel le Seigneur nous appelle chaque jour à avancer pour le suivre. Chaque jour nous remettons nos pas dans les siens et nous accomplissons dans le monastère, et en communauté, ces instruments de l’art spirituel. C’est ainsi que nous répondons à son amour par le nôtre.

  1. DE L’OBÉISSANCE.

Vendredi 22 septembre :

« L’obéissance, dit saint Benoît, se trouve chez ceux-là qui sont décidés à n’avoir rien de plus cher que le Christ ». Ce chapitre prépare à entendre celui de l’humilité et saint Benoît le qualifie de premier degré d’humilité. Chez ceux qui n’ont rien de plus cher que le Christ, elle devient comme naturelle, se pratiquant sans effort. Mais pour qu’elle devienne une seconde nature, il a fallu toute une ascèse, tout un entrainement de la volonté.

Ce n’est pas la seule fois que saint Benoît recommande de n’avoir rien de plus cher que le Christ. Il le dit déjà au chapitre 4 des instruments des bonnes œuvres, au chapitre 72 du bon zèle et encore dans d’autres endroits où il rappelle l’amour du Christ. Il relie ainsi l’obéissance à l’amour, car l’obéissance n’est pas une soumission servile, elle est l’accueil de la volonté d’un autre, ici, en priorité celle du supérieur, qui est censé représenter le Christ. Obéir, c’est renoncer à sa volonté propre pour suivre le Christ dont la volonté passe par des médiations humaines. Elle s’enracine ainsi dans le concret de nos existences, sinon, elle risquerait d’être illusoire.

Si nous pouvons obéir par amour du Christ, c’est parce que lui-même a été obéissant : « Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé ». Jésus reconnait que ce n’est pas un chemin facile ; c’est au contraire une route escarpée, un chemin étroit. C’est celui que Jésus a emprunté et Il nous invite à le suivre.

Samedi 23 septembre :

Saint Benoît donne ici les qualités de l’obéissance : agréable à Dieu et douce aux hommes. Plaire à Dieu, c’est accomplir sa volonté. Obéir, c’est entreprendre un chemin de conversion, c’est revenir à Dieu de tout son cœur, c’est suivre l’exemple du Seigneur qui en faisant la volonté de son Père donne sa vie pour tous les hommes.

On pourrait facilement penser que l’obéissance à Dieu consiste à être fidèle à l’office, régulier, bien observant, être … ‘’en règle’’, sans avoir de compte, tout juste demander une permission qu’on sait obtenir d’avance ! Mais sommes-nous toujours si réguliers, fidèles à nos devoirs ? Car nous avons bien des manquements !

Or, nous vivons en communauté, sous une Règle et un abbé. L’obéissance à Dieu passe par des médiations et deux fois, saint Benoît cite cette parole de Jésus : « Qui vous écoute, m’écoute ». Obéir nous fait renoncer à notre volonté propre pour accueillir ce qui nous est demandé. En obéissant aux ordres donnés, on se laisse conduire par l’Esprit-Saint, et saint Benoît ajoute que l’obéissance, en plus d’être douce aux hommes, doit être pénétrée d’humilité, de paix, de bonté. Obéir de mauvaise grâce conduit au murmure qui est un facteur de division, alors que l’obéissance bien vécue est un facteur de paix dans la communauté.

 

 

Frère Claude
Prieur du Bec

Chapitre monastique