Écouter une parole du Bec en 2023 – S23 – 4 juin

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Catégorie : Vie monastique

Dimanche de la Sainte Trinité, 4 juin :

Dans ce sixième degré, le moine se considère sans valeur et il s’abandonne totalement au Christ dans une pauvreté complète selon une citation du psaume 72 : « Je suis devenu comme une brute devant toi, et c’est toujours moi près de toi ».

Cette phrase éclaire l’ensemble de ce degré d’humilité, car humainement, cette situation peut nous sembler un anéantissement total, de quoi désespérer de nous-même. Mais même au plus fort de la tempête, lorsqu’on est complètement submergé par l’adversité, la confiance en la présence du Seigneur permet de demeurer serein, de garder la paix profonde.

Notre confiance est la réponse à cette présence de Dieu qui ne nous abandonne jamais. Le Christ lui-même a connu l’extrême abaissement et l’abandon de tous ses amis. Il a donné sa vie comme nous le rappelle l’évangile de la fête d’aujourd’hui, à cause de son grand amour. Mais il a pu garder une totale confiance filiale en la présence de son Père qui lui, reste toujours fidèle.Lundi 5 juin :

Dans ce septième degré, le moine humble est encore configuré au Christ dans sa Passion avec les citations du psaume 21 : « Je suis un ver et non un homme, honte du genre humain et rebut du peuple », qui évoquent le Vendredi Saint. Le psaume 21 commence justement par ces mots : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » On connaît la suite qui celle du juste abandonné, persécuté par les hommes, mais qui, malgré tout, garde toute sa confiance en Dieu. En criant ces paroles sur la croix, Jésus s’en remet totalement à son Père.

Et si le moine connait des situations douloureuses avec de grandes épreuves, il peut s’unir au Christ dans sa Passion en s’en remettant à Lui. Il y est configuré aussi par la patience en se mettant à l’école du service du Seigneur comme le cite le psaume 118 : « Il m’est bon que tu m’aies humilié, afin que j’apprenne ta Loi ».

Mardi 6 juin :

Les degrés précédents nous disant que l’humilité consiste à se décentrer de soi-même, à renoncer à sa volonté propre pour faire celle de Dieu. Et cette volonté de Dieu s’exprime de façon concrète dans la « règle commune du monastère et les exemples des anciens ».

Entrer dans une communauté, c’est entrer dans une histoire, son histoire, et tout un passé avec ses traditions, ses usages, dans une tradition qui a existé avant nous et qui a fait ses preuves. Mais cela ne veut pas dire qu’une tradition est un donné fixé une fois pour toutes, et dont il ne faudrait changer aucun détail, car une tradition ne doit pas être figée ; au contraire, elle doit rester vivante. Elle comporte des principes fondamentaux, mais dont la mise en œuvre peut évoluer en fonction des circonstances, à condition que ces évolutions soient pensées et vécues en communauté, car nous ne rentrons pas dans une communauté avec une vocation de réformateur !

Chacun n’a pas à se singulariser, à se faire sa propre règle pour prendre dans la règle commune ce qui lui convient et rejeter ce qui lui déplait ! Mais il se peut, et c’est même normal, que l’on se pose des questions sur le bien-fondé de telle ou telle pratique, tel ou tel usage. Dans ce cas, il faut réfléchir ensemble pour essayer de trouver la juste décision. On rejoint ici ce qui est dit en d’autres endroits de la Règle à propos de l’obéissance ou de l’appel des frères en conseil.

Mercredi 7 juin :

Comme d’autres degrés d’humilité que l’on peut rapprocher d’autres chapitres de la Règle, ce neuvième degré peut être mis en rapport avec le chapitre 6 de la Règle sur le silence. Il rappelle aussi plusieurs des instruments des bonnes œuvres au chapitre 4. Toutes ces valeurs que sont le silence, l’obéissance et l’humilité ne peuvent se séparer et elles seraient fausses et pleines d’arrière-pensées si le cœur restait orgueilleux et dur.

Un vrai climat de silence favorise l’humilité, alors que l’excès de paroles, ou même simplement l’agitation des pensées troublent le cœur. Si la démesure peut conduire à la violence, à l’orgueil, le cœur humble se confie à Dieu, même ou surtout s’il est soumis à l’épreuve, à la souffrance. Les excès de paroles, de conversations, par toujours utiles reconnaissons-le, rendent difficile l’écoute de la Parole de Dieu afin de discerner ses appels. Le silence seul favorise la paix. Ici encore, nous avons l’exemple du Christ qui prie son Père dans le silence et dont la Parole est au service de sa mission. Son humilité fait que ses paroles expriment son amour pour tous ceux à qui il est envoyé.

Jeudi 8 juin :

On pourrait épiloguer sur ce dixième degré d’humilité et se demander quel est son rapport avec le rire. Cela veut-il dire que l’humilité est synonyme de tristesse ? On pourrait aussi se demander de quel rire saint Benoît veut parler ?

En fait, il y a plusieurs manières de rire. Dans les instruments des bonnes œuvres, saint Benoît recommande de ne pas dire de paroles vaines, ni de facéties, ni de ne pas aimer le rire excessif et bruyant. Ce qu’il demande, c’est la discrétion, la retenue en tout.

Le rire excessif, comme l’excès de paroles, empêche le recueillement, le silence intérieur. Il est évident aussi que le rire peut être une façon de se faire remarquer, d’attirer l’attention sur soi. C’est aussi une sorte de fuite !

Il peut y avoir aussi un rire ‘’lourd’’, comme aussi un rire de dérision ; dans ce cas, il devient blessant. Le dénigrement, la dérision est très répandue aujourd’hui dans notre société et nous devons prendre garde à ne pas la répandre car c’est un poison pour les relations communautaires, comme pour la société.

On peut rapprocher l’humour, qui est une façon de sourire, de l’humilité. Elle est une façon de se détacher de soi-même, de bienveillance pour autrui, car la vraie joie vient du don de soi, de la charité, de la fidélité au service du Christ et des autres. C’est cette joie que saint Benoît nous invite à garder.

Vendredi 9 juin :

Avec ce onzième degré d’humilité qui fait suite aux deux précédents et s’en rapproche : « éviter l’excès de paroles et demeurer en silence ; éviter le rire trop facile, parler avec sagesse et gravité », on retrouve encore le souci de saint Benoît de l’intériorité nécessaire au recueillement pour favoriser l’humilité. Comme pour le neuvième et le dixième degré, il rappelle la valeur de ce silence qui doit être comme l’écrin de la parole, car tout excès de paroles peut être signe de superficialité et de dispersion, comme aussi une façon de se mettre en avant.

On a déjà dit combien le silence favorise l’écoute de la Parole de Dieu qui doit, elle-même, inspirer nos propres paroles. Si celles-ci sont l’expression de la Paroles de Dieu, elles deviendront à leurs tours édifiantes dans un sens constructif, car elles doivent être utiles pour celui à qui elles s’adressent. Elles ne doivent donc pas se perdre dans des excès de bavardage, car la parole a besoin d’être pensée, réfléchie.

En faisant mémoire aujourd’hui de saint Ephrem, nous avons l’exemple d’un passionné de la Parole de Dieu qu’il a méditée, commentée en se laissant guider par l’Esprit-Saint.

Samedi 10 juin :

Avec le douzième degré, nous arrivons en haut de l’échelle de l’humilité. Cette succession de degrés ou d’échelons ne signifie pas que nous devons les pratiquer les uns après les autres, dans un ordre chronologique ; ils sont à prendre comme les différents aspects de l’humilité, complémentaires et nécessaires. D’étape en étape, en finissant par assimiler ces différentes manières de vivre l’humilité, ces différents éléments qui la constituent, on arrive à ce que ce soit tout notre être qui devienne humble. Ce n’est donc pas une humilité de façade, mais une humilité qui vient du plus profond de nous. Le moine rejoint ainsi de l’intérieur le Christ « doux et humble de cœur » qui a donné sa vie pour nous.

C’est ce que dit saint Benoît en conclusion de ce chapitre : l’humilité devient alors comme une seconde nature. Alors qu’au début, elle supposait un travail, un exercice laborieux sur soi-même, avec le temps et la pratique régulière, le cœur devient plus paisible, plus spontané. Et par sa configuration au Christ, le moine se laisse traverser par l’amour divin et il peut répondre à cet amour, et les trois personnes divines peuvent venir habiter en lui en le comblant d’amour et de paix.

Mais c’est un travail jamais terminé, et l’essentiel est de ne jamais s’arrêter. Ainsi la pratique de l’humilité, patiente et persévérante, nous fait parvenir progressivement à la charité, cet amour qui, nous dit saint Jean, chasse la crainte.

 

Frère Claude
Prieur du Bec

Doux et humble de coeur