Paroles de la salle du Chapitre – S50

Dimanche 12 décembre :

Dans la profession monastique, il y a, bien sûr, une démarche libre pour celui qui s’engage ; mais elle ne relève pas d’une simple décision de celui-ci, d’une initiative qui dépendrait uniquement de lui, car la profession est d’abord une alliance. Celui qui se présente est reçu par la communauté dans laquelle il demande à entrer, et celle-ci est rassemblée pour accueillir son engagement par les vœux monastiques. La promesse est écrite par le novice et sera conservée dans le monastère. Mais celui qui se présente est également reçu par Dieu ; c’est le sens du suscipe : « Accueille-moi, Seigneur… »

L’alliance avec Dieu repose sur sa fidélité car il ne renie jamais ses promesses. L’offrande du nouveau profès prise dans l’eucharistie, il devient membre à part entière de sa nouvelle communauté. Il s’offre totalement en donnant, non seulement ce qui lui appartient, mais surtout en se donnant lui-même, corps et volonté. En offrant non seulement son avoir, mais aussi tout son être, il ne s’appartient plus lui-même. Et c’est chaque jour que nous revivons nos vœux, que nous nous offrons à Dieu dans la communauté à laquelle nous sommes définitivement unis.

Sapientia

Lundi 13 décembre :

Ce chapitre 59 sur « des fils de nobles ou de pauvres qui sont offerts » par leurs parents, peut nous sembler marqué par une époque révolue. Aujourd’hui, aucune famille ne pourrait offrir un de ses enfants à un monastère alors que c’était le cas dans les premiers siècles. Il faut situer l’enracinement d’une telle pratique dans la Bible qui nous raconte l’histoire du jeune Samuel offert par sa mère.

Nous pouvons retenir l’idée qu’aux yeux de Dieu, il n’y a pas de différence entre les hommes : qu’on soit noble et riche, pauvre ou de milieu modeste, cela ne compte pas pour notre Créateur. Ce qui Lui importe, c’est la personne et son être profond ; l’extérieur n’est qu’un accident, car nous sommes tous égaux devant Lui, dans la vie comme dans la mort.

On peut aussi retenir, et cela dans le prolongement de notre propre profession, que notre offrande est intimement unie à celle du Christ ; elle se fait au cours de l’eucharistie, et les retouches apportées à la traduction du nouveau missel peuvent être une occasion de redécouvrir le sens de l’eucharistie que nous célébrons chaque jour et qui est offerte par toute l’Église. Ainsi, notre offrande nous situe bien comme membres à part entière de l’Église du Christ.

 

Mardi 14 décembre :

Au sujet des prêtres qui désirent entrer au monastère (chapitre 60), saint Benoît conseille de les faire patienter afin d’éprouver leur demande : c’est comme une présélection. Et s’ils persistent, il faut leur montrer très  clairement toutes les exigences de la Règle.

Autrement dit, le sacerdoce n’est pas un privilège qui permettrait d’échapper, un tant soit peu, à la discipline de la Règle, à ses exigences et à l’humilité. Au contraire, le sacerdoce, puisqu’il identifie le prêtre au Christ, exige une conformité de vie, comme pour tout moine d’ailleurs, avec celui qu’il veut servir : le Christ.

Curieusement, la citation de l’Écriture : « Ami, pourquoi es-tu venu ? »  reprend le titre employé par Jésus s’adressant à Judas : « Ami, fais ta besogne ! (Mt. 26, 50)». Et l’on connaît la suite. Mais Jésus a aussi appelé tous ses disciples ‘’amis’’ : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande (Jn. 15, 14) ». Ainsi, celui qui entre au monastère est appelé ‘’ami’’ par Jésus. Et il le devient vraiment s’il met en œuvre ses commandements. Ainsi, obéir à la Règle, c’est vraiment pratiquer et mettre en œuvre l’Évangile.

Que l’on soit prêtre ou laïc, le but est bien le même : répondre à l’appel de Jésus et le suivre en disciple. Il en va de même si l’on est ordonné au cours le la vie monastique, mais la promesse de l’observance de la Règle et de la stabilité, sont la même condition pour tous.

 

Mercredi 15 décembre :

A propos de l’accueil des moines étrangers, on peut, au moins dans la première partie de ce chapitre 61, retenir deux points :

  • D’abord l’attitude du moine étranger lui-même ; il semble juste que celui qui est accueilli soit respectueux de la communauté accueillante et ne la trouble pas par ses exigences. Cela suppose aussi que cette communauté offre de bonnes conditions d’accueil à celui qu’elle reçoit.
  • On peut se demander aussi quelle est l’attitude de la communauté qui accueille : fermeture, méfiance, peur vis-à-vis d’un étranger ? Ou au contraire : ouverture, accueil pour des observations justifiées. Mais il est plutôt rare qu’un moine étranger vienne de lui-même pour réformer une communauté !

L’accueil suppose toujours une sortie de soi, une écouté paisible et confiante, un respect mutuel, pour être si possible chaque fois, une source d’enrichissement, de progrès personnel et communautaire si ces conditions sont bien respectées.

 

Jeudi 16 décembre :

La suite de ce chapitre 61 envisage le transfert de stabilité d’un moine d’un monastère à un autre. Il s’agit d’autre chose qu’une simple visite ou qu’un séjour temporaire dans un autre monastère, car ceci arrive régulièrement pour divers raisons, et n’est pas forcément un signe d’instabilité. Si c’était vraiment une instabilité, on se retrouverait dans le cas de moines gyrovagues comme la Règle en parle au chapitre premier.

Un transfert de stabilité suppose des raisons sérieuses et ne peut se faire qu’avec des lettres de recommandation et un accord entre les supérieurs, et encore, après un large temps de probation. Rappelons ce que dit saint Benoît : « En tout lieu on sert un seul Seigneur, on milite sous un seul Roi ».De quelque monastère que nous soyons, nous poursuivons tous le même but : marcher selon l’Évangile à la suite du Christ, notre Maître unique.

 

Vendredi 17 décembre, ‘’O Sapientia’’ :

Dans ce chapitre 62 sur les prêtres dans le monastère, saint Benoît semble partagé : il reconnaît la nécessité du sacerdoce pour la communauté, mais il appréhende aussi les risques liés à la fonction sacerdotale. C’est pourquoi il rappelle une double exigence pour les prêtres : l’humilité et l’obéissance à la Règle, les deux étant liées.

Humilité, car le sacerdoce n’est pas une promotion, mais un service dont il n’y a pas à tirer orgueil.

Obéissance à la Règle qui est un chemin de sagesse pour marcher à la suite du Christ. D’ailleurs cette double exigence vaut pour toute fonction dans le monastère et même, en élargissant, pour toute l’Église !

Nous allons chanter ce soir aux vêpres l’antienne : ‘’O Sapientia’’. Nous demandons à la Sagesse du Très Haut de nous enseigner le chemin de la vérité, la voie de la prudence. La Sagesse divine s’est rendue visible dans le Verbe fait chair, il est venu nous montrer le chemin vers le Père et nous le supplions : « Viens Seigneur pour nous sauver ».

 

Samedi 18 décembre :

Dans ce chapitre 63 sur les rangs dans la communauté, saint Benoît rappelle, sans le dire explicitement, que nous ne devons pas projeter les uns sur les autres un regard mondain qui provoquerait des jalousies et des rivalités. Au contraire, il nous faut voir le Christ présent en chacun de nous. Nous sommes tous égaux devant lui, et il regarde chacun de nous  avec miséricorde et justice. Aussi la sagesse conseille-t-elle de respecter l’ordre d’entrée. L’abbé peut apporter telle ou telle modification, et encore doit-il le faire pour des raisons valables et avec prudence pour ne pas semer le trouble dans la communauté comme le rappelle saint Benoît. On voit bien ici que le respect mutuel et l’humilité sont source de paix.

 

Père Claude
Prieur du Bec