Homélie
Quel grand jour que celui du Jeudi saint : jour de l’institution de l’Eucharistie, de l’institution du Sacerdoce, du lavement des pieds ! Jésus a encore tant de choses à nous enseigner qui lui tiennent à cœur, et le temps presse, l’heure de son grand Don approche. « Sachant que l’heure était venue pour lui, Jésus, de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. »
Jusqu’à la fin : non seulement Jésus à aimé les hommes jusqu’au dernier moment de son existence terrestre, mais il les a aimés d’une manière complète, totale, parfaite, définitive, au point « d’inventer un autre mode de présence réelle parmi les hommes, » par l’institution de l’Eucharistie et à chaque messe que nous célébrons, où Jésus se donne comme un pain rompu et comme un vin versé. « La mesure de l’amour, nous dit saint Augustin, est d’aimer sans mesure. » Jésus les a aimés au maximum, et c’est dans sa passion qu’il a mis le comble à son amour.
Dimanche dernier, nous entendrions, tout au début du récit de la Passion du Seigneur selon saint Matthieu, les disciples demandaient à Jésus où il voulait qu’ils aillent faire les préparatifs pour qu’il mange la Pâque. En effet, Jésus avait le désir de manger cette Pâque avec ses disciples. Mais quelle Pâque ? Ce n’est pas n’importe quelle Pâque cette fois-ci. Car Jésus savait que son heure est arrivée, heure de sa glorification, de passer de ce monde à son Père. Cette Pâques : « un repas, un souper intime avec Jésus, où, à travers ces disciples et les disciples de tous les temps, nous nous unissons à la vie divine donnée pour le salut du monde. » Union avec le corps brisé et le sang répandu de Jésus. « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamer la mort et la résurrection du Seigneur. » Tout le mystère pascal, la Croix, la mort et la résurrection, est dans ce repas, ce souper du Seigneur.
Jésus, avec assurance, avec l’autorité de la possession, répond aux disciples et leur dit d’aller chez untel. La salle, la chambre est à lui. Il la retenue. Mais il a dû l’emprunter à un homme. Jésus réclame mon âme pour y célébrer sa Pâque. Car mon âme lui appartient. Mais il accepte de venir comme un hôte, il demande mon hospitalité. Le mystère de la scène que nous commémorons, que nous célébrons aujourd’hui, n’est pas limité à la participation visible aux dons eucharistiques, dans l’assemblée des fidèles. Tout instant peu devenir une Pâque, une communion intime, réelle et invisible avec le christ. « Si quelqu’un m’ouvre, j’entrerai, et je souperai avec lui » dit le Seigneur. Cette ouverture de cœur dépendra de l’amour que nous aurons pour Jésus et pour nos frères et sœurs en humanité.
En nous montrant le chemin de la perfection et de l’amour, Lui, le Seigneur des seigneurs, le Maître, Dieu fait homme, Jésus, s’agenouille comme un esclave, devant l’homme, pour ainsi dire, quémander son amour. Jésus sert, et il sert la manière la plus parfaite. Rien de ce qu’il faut n’est omis et il nous demande d’en faire autant envers notre prochain. « Si, imitant Jésus, tu t’agenouilles pour laver les pieds d’un autre, voici que le linge avec lequel tu les essuyés va devenir pour toi le linge de Véronique » dit un moine de l’Église d’Orient. Sur lui, sur ce linge, « sera empreinte la face du Sauveur. »
L’attitude de Simon-Pierre, lors du lavement des pieds, indique bien les tentations qui peuvent assaillir un disciple sincère. Pierre, impulsif, exagère dans deux sens opposés. D’abord il ne veut pas que Jésus le lave, puis il veut que Jésus lui lave non seulement les pieds, mais les mains et la tête. Nous voudrions souvent décider de ce que le Seigneur devrait faire et aussi de la manière dont il devrait le faire. Ce que Jésus désire, c’est que nous nous « laissions faire, nous Lui laissions faire ». Soumission adorante à ses initiatives, lors même que nous les comprenons pas. Il dira : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ». Phrase terrible, et qui à la fois, me condamne. Garder la Parole de Jésus signifie observer ses commandements, signifie aussi que le signe de l’amour authentique pour Jésus est une vie conforme aux préceptes du Sauveur. Celui-là seul, qui aime Jésus, peut garder sa parole. Configurés à Lui, Jésus, par notre baptême, et par le choix personnel qu’il nous a fait, rendons grâce à Dieu pour le don inouï qu’il nous fait, de pouvoir donner Dieu aux hommes et de pouvoir donner les hommes à Dieu.
Père Dieudonné
Prieur du Bec