

L’expression est bien connue : “on n’arrête pas le progrès” et il semble évident que nul ne se plaindra des facilités qu’apportent par exemple les nouveaux moyens de communication comme le téléphone portable ou la voiture moderne et plus sûre. Cependant, on ne peut que s’interroger sur d’autres techniques considérées comme des “avancées sociétales” concernant la procréation par exemple.
L’exemple du biologiste Jacques TESTART, père scientifique du premier “bébé éprouvette” français, Amandine, en 1982, qui a participé à un livre sur “les promesses suicidaires des transhumanistes, Au Péril de l’Humain” (1) ne devrait-il pas alerter toute personne ou tout dirigeant “responsable “ mais ayant d’abord des convictions ?
Si l’on peut estimer que l’on a plutôt maîtrisé pour le moment le développement automobile en attendant la voiture sans conducteur, qu’en est-il du téléphone portable devenu un “smartphone” multifonctions médiatiques dont le développement sans limite sur les “réseaux sociaux ont rendu certains utilisateurs dépendants du « progrès ».
Et voilà qu’un nouveau “progrès” semble tétaniser les populations et ses dirigeants comme s’il n’était pas (plus ?) Possible de le maîtriser : le progrès de “l’intelligence artificielle”.
Et pourtant les appels à la prudence ne cessent de se multiplier et même les spécialistes inventeurs des IA comme Anthropic qui en viennent à exprimer leurs craintes concernant la possibilité que certaines d’entre elles deviennent “autonomes” et dangereuses pour l’Homme lui-même. Bill Gates lui-même vient de s’en faire l’écho.
Ces doutes bienvenus sont certainement humainement et techniquement intelligents et salutaires mais insuffisants du point de vue spirituel et à tout le moins intellectuel.
C’est pourquoi, outre la remarquable encyclique du Pape LEON XIV parue en MAI 2026 il nous semble utile de s’intéresser à une note du Vatican, éditée en Janvier 2025 par deux Dicastères : le Dicastère pour la Doctrine de la foi et celui pour la Culture et l’Education.
Cette note, intitulée ANTIQUA et NOVA (2), présente une analyse des relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine.
Bien entendu, l’encyclique démontre qu’il faut savoir utiliser ce progrès à bon escient, elle propose surtout de la désarmer de ses moyens potentiels de nuire à l’essentiel de la Doctrine Sociale de l’Eglise, à savoir d’être au service du BIEN COMMUN.
ANTIQUA et NOVA, avant d’aborder les questions propres à chaque domaine qui peuvent ou seront concernés par cette technologie, rappelle la position souvent mal interprétée de l’Eglise Catholique sur le progrès scientifique, et définit principalement le contenu du concept d’intelligence en démontrant la supériorité de l’intelligence humaine du point de vue philosophique et théologique prouvant ainsi les limites de l’intelligence artificielle qui devrait être gérée selon une responsabilité morale et éthique.
Cette note analyse l’impact de l’intelligence artificielle sur la société, les soins de santé, l’éducation, l’information et les risques de désinformation, le contrôle des vies privées, , la protection de la maison commune, la guerre, et, in fine, la relation de l’humanité avec Dieu.
Elle rappelle les défis posés par les progrès technologiques associés à une responsabilité morale primordiale, interroge sur le fait de savoir si le progrès permet le développement d’un Homme meilleur et plus spirituel, pose la question de l’utilité sociale de ces développements dans le cadre d’une subsidiarité permettant le développement des structures sociales dans la dignité. Elle rappelle également les écrits de Georges Bernanos (3) et de Nicolas Berdiaev ( 4 ) sur le développement technique.
Mais c’est sans doute la réflexion finale de ce texte qui devrait nous interroger en tant de chrétiens : citant le Pape FRANCOIS : acteurs ou témoins de cette évolution, « ce n’est qu’en retrouvant une sagesse du cœur, que nous pourrons lire et interpréter la nouveauté de notre temps »
Cette “VRAIE” SAGESSE doit prendre en compte la nouvelle et immense accessibilité à la connaissance pour en assurer sa fécondité spirituelle.
Cette sagesse est un don dont l’humanité a le plus besoin grâce à un regard spirituel, ce qui implique une sagesse de cœur qu’on ne peut demander aux machines.
C’est dans la perspective de cette sagesse que l’utilisation des moyens technologiques nouveaux permettra de promouvoir une vision authentique de la personne humaine et de la société
Cette note est une bonne introduction à la compréhension de l’Encyclique MAGNIFICA HUMANITAS qui rappelle l’évolution de la Doctrine Sociale de l’Eglise dont les principes devraient être la structure pour gérer les progrès technologiques et leur donner toute leur capacité à développer la dignité humaine
Daniel MICHEL
Au Bec Hellouin
- Au Péril de l’Humain, Les Promesses suicidaires des transhumanismes, Jacques TESTART et Agnès ROUSSEAUX, Seuil, 2018,
- ANTIQUA et NOVA,, Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine, Dicastère pour la doctrine de la foi et Dicastère pour la Culture et l’éducation, , Site Web du VATICAN, Janvier 2025
- Georges BERNANOS, « le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre toujours croissant d’hommes habitués , dès l’enfance, à ne rien vouloir de plus que ce les machines peuvent donner » , in « la révolution de la liberté » , Le chemin de la Croix des Ames, Rocher, Monaco, 1987
- Nicolas BERDIAEV, « c’est une chose indigne de transférer la responsabilité de l’homme à une machine » « Man and Machine, in « Philosophie and Technology Readings in the Philosophical Problems of Technology » The Free Pres, NewYork, 1932
