Homélie :
Chers sœurs et frères, quelques jours après la naissance de Jésus à Noël, l’Église nous invite à contempler un autre mystère dans lequel Dieu continue de nous rejoindre – le mystère de la Sainte Famille. Cette année liturgique, nous proclamons l’Évangile selon Saint Mathieu qui nous dévoile la figure paternelle de Joseph, une figure discrète mais sagement présente au sein du foyer.
Au moins deux fois dans le récit, nous écoutons que Joseph, sur le conseil de l’ange, a pris « l’enfant et sa mère ». La mission qui lui est confiée au sein de la Sainte Famille est celle de protection et de dévouement.
Joseph protège sa famille, Joseph protège « l’enfant et sa mère », mais ce faisant, il protège avant tout le dessein de Dieu, l’œuvre de Dieu. Nous pouvons découvrir cela déjà au tout début de la formation de la Sainte Famille. Quand Marie se trouva enceinte, Joseph qui était un homme juste ne voulait pas la dénoncer publiquement mais, averti par l’Ange du Seigneur, il l’a prise comme femme (cf. Mt 1, 18-19) et il a assumé la paternité légale de Jésus.
Joseph protège la virginité de Marie. Il a cru dans l’œuvre de Dieu, il a cru que « ce qui a été engendré en Marie vient de l’Esprit-Saint » (Mt 1, 20c). Bref, avant même que Jésus ne soit le Sauveur du monde, Joseph est le sauveur du Sauveur.
Alors, comment Joseph arrive-t-il à accomplir une telle mission de paternité ? Nous voyons qu’en plusieurs occasions ce sont les anges qui avertissent Joseph en songe. Le Nouveau Testament ne rapporte aucune parole de Joseph, seulement des songes. Il existe une petite différence de sens entre songer et rêver. Un rêveur n’a pas de contact avec la réalité, par contre l’esprit d’un songeur reste toujours en état de veille, pleinement occupé par un dialogue intérieur. C’est à travers ce dialogue intérieur que Joseph reçoit et comprend la volonté divine, c’est-à-dire, ce que Dieu veut pour son fils. Joseph n’impose pas ses idées sur l’enfant mais respecte l’avenir que Dieu trace pour lui. Il se met à l’écoute de la petite voix divine afin de prendre des décisions essentielles pour son foyer.
Et Marie ! On peut se demander dans tout cela, où est Marie ? Marie reste fidèle et vit dans la confiance avec son époux et son enfant, une confiance mutuelle et cordiale. Son silence dans le récit d’aujourd’hui n’est pas un silence subi mais plutôt le silence constructif. Dans ce silence, elle aussi, à sa manière, se met à l’écoute de la voix intérieure pour comprendre ce que Dieu veut pour son enfant.
Comme tout jeune couple, Marie et Joseph avaient également des rêves et des espoirs pour leur foyer. Soudain tout était bouleversé – la grossesse imprévue de Marie, la recherche d’un hébergement, la naissance dans une étable, la fuite en Égypte, la longue attente avant de pouvoir revenir en Galilée, etc. Pourtant dans toutes ces adversités, ils restent fidèles l’un à l’autre et ils élèvent le Fils de Dieu d’abord dans un pays étranger, comme un réfugié politique, et puis à Nazareth, une petite ville inconnue.
L’Évangile de Matthieu ne nous donne pas une image idyllique de la Sainte Famille. Au contraire, Matthieu nous présente l’image d’une famille qui a surmonté un moment difficile de l’histoire humaine. Les prolongements de ces moments difficiles se trouvent également dans nos réalités familiales. La folie meurtrière n’est pas du seul fait d’Hérode. Tout au long de l’histoire humaine nous avons des exemples de violences, de guerres, d’exploitations et de mauvais choix politiques.
Malheureusement, les familles sont les premières victimes de ces actes égoïstes. Aujourd’hui, la paternité remise en question, la séparation des couples, les mouvements migratoires, les réfugiés politiques, les enfants-déplacés, etc. sont des défis que traversent notre Église et nos sociétés.
Pourtant, la fête de la Sainte Famille nous offre l’espoir – l’espoir d’écouter, comme Marie et Joseph, cette petite voix intérieure pour comprendre l’avenir que Dieu ouvre pour nous, pour nos familles et pour nos enfants – l’espoir de rester fidèle l’un à l’autre – l’espoir de croire et de protéger le dessein de Dieu, l’œuvre de Dieu et finalement, comme dit Saint Paul dans la deuxième lecture, l’espoir de « se revêtir de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience » (Col 3, 12). Amen.
Père Shannon Pereira, jésuite,
en l’église St-Ignace (Paris 6e) le 29 décembre 2019