Chronique de decembre 2021

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Catégorie : Chroniques

Jeudi 2 : Nous avons la mauvaise surprise de découvrir, dans une des cellules fermée à clef depuis un certain temps et où étaient entreposés des livres anciens, une fuite d’eau venant de la toiture et qui a provoqué, avec de la mérule, de graves dommages pour les livres. Tous les frères disponibles ce matin sont réquisitionnés pour vider la pièce, sortir tous les livres et commencer un tri entre ceux qui ne sont pas touchés, ceux qui peuvent encore être sauvés, et malheureusement quelques dizaines d’irrécupérables.

     L’après-midi, Frère Raphaël a une réunion avec Véronique Gazeau et Frère Matthieu de Saint Wandrille qui a traduit un certain nombre de lettres de Lanfranc pour faire le point sur l’avancée de ces diverses traductions en vue d’une édition en 2022 avec sa Vita et une quinzaine de lettres choisies parmi les 51 qui ont été conservées de lui.

Jeudi 9 : Frère Michel est parti ce matin à Troyes pour visiter Frère Étienne du Mesnil toujours en rééducation. Cet après-midi, Frère Raphaël représente la communauté pour la messe d’enterrement, à l’église de Brestot, d’un ami de l’abbaye, Daniel Leduc, qui a beaucoup œuvré pour sa commune, sa paroisse et surtout pour les gens du voyage dont il a été l’indéfectible défenseur de leurs droits et de leur dignité.

Samedi 11 : Frère Joël reçoit aujourd’hui 18 personnes de son groupe ‘’Nostra Aetate’’.

Vendredi 17 : Ce soir, comme de tradition avant Noël, vêpres avec nos sœurs pour chanter la première des Grandes Antiennes ‘’O Sapientia’’, puis présentation des vœux à Père Claude et aux deux communautés avec un texte lu par Frère Raphaël (à retrouver ci dessous) et dîner, tous ensemble, au réfectoire.

Dimanche 19 : Frère Michel part cet après-midi à l’abbaye de Limon jusqu’à mardi soir pour rencontrer les sœurs.

Vendredi 24 : Cet après-midi, frère Guillaume va chercher Père Paul-Emmanuel au monastère des sœurs Augustines de Thibermont dont il est toujours l’aumônier. Il pourra ainsi passer toute la semaine de fêtes avec nous, jusqu’à l’Épiphanie. Ce soir, premières vêpres de Noël avec les sœurs qui reviendront à 22h. pour la vigile et la messe de minuit. Crainte du covid ou autres causes de défection ? Nous remarquons qu’il y a moins de fidèles que les années précédentes pour cette liturgie si populaire. Nos sœurs reviendront à la messe et aux vêpres les deux jours suivants : fêtes de la Sainte Famille et de saint Jean.

Mercredi 29 : Frère Serge apprend le décès de sa sœur Josiane, malade depuis un certain temps.

Vendredi 31 : Ce soir, premières vêpres solennelles de sainte Marie, Mère de Dieu, avec nos sœurs. Elles reviendront demain pour la messe, puis pour les premières vêpres de l’Épiphanie fêtée dimanche 2 janvier.

 

Frère Raphaël
Moine du Bec

Ô  SAGESSE  2021

 

Ce matin au chapitre, Fr. Claude a conclut son commentaire quotidien de la Règle par cet appel à la Sagesse : « Nous demandons à la Sagesse du Très Haut de nous enseigner le chemin de la vérité et la voie de la Prudence.

La Sagesse divine s’est rendue visible dans le Verbe fait chair, il est venu nous montrer le chemin qui conduit au Père et nous le supplions : ‘’Viens Seigneur Jésus nous sauver’’ ».

 

L’évangile d’aujourd’hui (Mt. 1, 1-17) nous montre, par sa longue généalogie, comment Jésus s’incarne dans notre humanité. Les généalogies sont indispensables pour nous situer dans un chaînage d’hommes et de femmes qui sont responsables de ce que chacun de nous est aujourd’hui. Dans l’Islam, on prête au calife Omar, successeur du prophète, cette recommandation: « Apprenez vos généalogies, et ne soyez pas comme ces paysans du cru qui, lorsqu’on leur demande qui ils sont, répondent : ‘’Je suis de tel ou tel village’’. » L’appartenance à la famille humaine est plus importante que notre rapport à tout ce qui est terrestre.

Pourquoi ces trois séries de 14 générations chez Matthieu ? Je me suis toujours posé la question jusqu’à hier soir où j’ai trouvé une réponse dans le commentaire qu’en fait le pasteur Antoine Nouis et que je vous partage ce soir:

« Ce découpage montre que cette généalogie est théologique et veut s’inscrire dans l’histoire de l’alliance de Dieu avec son peuple. Le nombre 14 évoque le rythme lunaire, puisque le calendrier juif est lunaire pour les mois, et solaire pour les années. Chaque mois connaît une période de croissance de 14 jours, puis une même période de décroissance. Appliqué à l’histoire d’Israël, nous trouvons effectivement une période ascendante qui va d’Abraham à David, puis un temps de régression jusqu’à l’exil. Vient ensuite une seconde phase de reconstruction qui va de l’exil jusqu’à la naissance du Christ qui se trouve ainsi à un autre sommet. Ce découpage généalogique suggère une lecture de l’histoire reposant sur deux commencements constitués par la marche d’Abraham et par l’exil, et deux sommets que l’on trouve en David et en Jésus-Christ. »

En 20 siècles d’histoire, depuis Jésus-Christ, combien d’autres sommets, recommencements ou creux de vague pourrait-on discerner?  Nous pouvons le constater dans notre propre vécu avec ses hauts et ses bas, dans nos familles comme dans nos communautés, dans nos pays respectifs qui ont tous des histoires bien mouvementées ! Ne nous inquiétons pas plus que nécessaire de ces chutes et des relèvements qui sont inscrits par Dieu dans sa création, à condition de garder fidèlement les yeux fixés sur notre guide et notre berger. La Sagesse nous dit que la fin du monde n’est pas forcement pour demain !

 

Il y a une autre interrogation dans cette généalogie, c’est la place des femmes et leur personnalité. Quatre d’entre elles se trouvent dans la partie la plus glorieuse de cette histoire d’Israël, entre Abraham et David. La cinquième sera Marie, la Theotokos, l’autre sommet de notre histoire. Une remarque du pasteur Nouis est intéressante à cet égard :

« Le verbe engendrer a une double signification, indique-t-il. Il évoque les relations familiales, mais aussi les relations de maître à disciples. Dans sa première épitre aux Corinthiens, St. Paul dit à ses interlocuteurs : « C’est moi qui vous ai engendrés en J-C. par la Bonne Nouvelle (1 Cor. 4, 5) ».

Donc 4 femmes : Tamar, Rahab, Ruth et la femme d’Urie, qui ont toutes eu une vie mouvementée et apparemment peu recommandable. Et pourtant, quelle place elles ont eu dans l’histoire du salut !

La première a été incestueuse pour avoir couché avec son beau-père Juda, qui l’a ensuite épousée lorsqu’elle s’est trouvée enceinte des jumeaux Pharés et Zara. N’avait-il pas reconnu lui-même : « Cette femme est plus juste que moi (Gn. 38, 26) ». Rahab est la prostituée de Jéricho qui cache les 2 espions envoyés par Josué pour observer la Terre Promise. Elle deviendra la mère de Booz et donc la belle-mère de Ruth. Ruth elle, est Moabite, un peuple maudit à cause de ses origines incestueuses (Gn. 19, 36-37). Après toute une série de décès : beau-père, mari, beaux-frères, elle choisie de suivre sa belle-mère Noémie en prononçant cette belle confession de foi : « Où tu iras, j’irai ; ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu ». Elle sera l’arrière grand-mère de David. La quatrième est adultère, c’est Bethsabée, la femme d’Urie le Hittite qui enfantera de David le roi Salomon. Enfin, une cinquième apparait tout à la fin de notre généalogie, c’est : « Marie, de laquelle est née Jésus, celui qu’on appelle le Christ ». Socialement, c’est une fille-mère puisque Joseph, son époux, n’est pas le père de l’enfant. Et il fait ainsi de Jésus un bâtard ! Mais la Sagesse de Dieu est plus sage que les hommes !

 

Pour essayer de conclure, je reprendrai celle du pasteur qui rapporte que dans la tradition rabbinique, la question est posée de savoir pourquoi le règne du roi Saül a été si court. Une réponse dit que c’est parce que sa généalogie était sans taches : « On ne doit pas nommer quelqu’un à la tête d’une communauté s’il ne traîne pas derrière lui un panier de serpents, afin qu’on puisse lui dire, au cas où il se conduirait avec trop de morgue : regarde derrière toi ! ». La présence de ces femmes dans la généalogie de Jésus honore le fait que la vie est toujours plus compliquée que les théories , et que c’est parfois dans les marges que se joue l’essentiel », qui est souvent aussi la vérité selon Dieu.

« Amen. Viens Seigneur Jésus pour nous sauver. Maranatha ! »

Frère Raphaël
Moine du Bec