Paroles de la salle du Chapitre – S44

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Catégorie : Vie monastique

Dimanche 31 octobre, anniversaire la Dédicace de notre église abbatiale :

En cette fête de la Dédicace, nous aurions envie d’insister sur la communion plutôt que sur l’excommunication de ce chapitre 23 de la Règle ; sur l’aspect positif plutôt que sur le négatif. Mais nous voyons bien que cette excommunication n’est pas définitive. Elle doit permettre un retour à la vie communautaire après une prise de conscience de ce qui a conduit à cette mise à l’écart et un désir renforcé de retrouver le lien fraternel.

La consécration de l’église ne concerne pas seulement un édifice de pierre ; elle n’a de sens que par la communion des pierres vivantes qui  la constituent, qui célèbrent la louange du Seigneur, et sont unies par le lien de la charité, fondées sur le Christ, pierre angulaire, et animées par l’Esprit-Saint.

Oui, cette fête renforce notre confiance dans le Christ sur qui nous nous appuyons. C’est Lui qui peut faire de nos limites et de nos failles une force si nous nous laissons conduire par son Esprit-Saint.Lundi 1er novembre, solennité de la Toussaint :

Ce chapitre 25 sur ‘’des fautes plus graves’’ n’est pas ce que l’on préfèrerait entendre le jour de la fête de tous les saints. Mais comme nous ne sommes pas encore parvenus au niveau de sainteté de ceux que nous célébrons aujourd’hui, il nous faut admettre que nous sommes toujours pêcheurs, que nous avons besoin de purification pour entrer dans la communion des saints.

Car c’est cela qui est important ; nous sommes l’Église en marche, l’Église pérégrinante qui se construit. Mais nous sommes précédés et attirés par tous ceux qui sont parvenus à la gloire, qui ont connu le chemin où nous marchons, les mêmes épreuves que nous endurons. Leur exemple ravive notre espérance et nous marchons sur leurs traces, à la suite du Christ qui nous fait partager sa condition de Ressuscité.

 

Mardi 2 novembre, célébration pour tous les fidèles défunts :

Ce 2 novembre, comme chaque année, est dédié à la prière pour les défunts. Hier, c’était la solennité de tous les saints, ceux qui sont reconnus comme tels par l’Église, avec tous ceux, innombrables, qui sont ignorés des vivants, mais connus par Dieu.

Comme nous ignorons la destinée de tous ceux qui sont morts, nous continuons à prier pour eux. Les saints, canonisés, qui sont déjà dans la gloire, intercèdent pour les défunts qui achèvent leur purification, et nous unissons notre prière à la leur, sachant que nous sommes tous appelés à ressusciter avec le Christ qui nous a ouvert le monde nouveau. Cette commémoration de tous les fidèles défunts est un jour de confiance et d’espérance où nous mettons notre foi en Jésus ressuscité.

 

Mercredi 3 novembre :

Ce chapitre 27 complète et éclaire les deux chapitres consacrés à l’abbé (chap. 2 et 64). Un des traits de l’abbé, dans sa mission, est celui de pasteur; et c’est à propos des excommuniés que saint Benoît lui demande d’en avoir particulièrement soucis. Saint Benoît les considère comme des malades, des âmes faibles, des brebis égarées. On voit ici toutes les références bibliques (chez les prophètes et dans les psaumes) et évangéliques avec la parabole de la brebis perdue par exemple, utilisées par saint Benoît.

L’abbé, mais avec aussi les autres frères, doit faire preuve de délicatesse, de patience, de charité, de bonté, pour ramener le coupable dans la communauté. Comme le dit saint Benoît : « L’abbé doit faire appel à toute sa sollicitude, mettre en œuvre tout ce qu’il a d’intelligence et de perspicacité, courir autour de ses brebis afin de n’en perdre aucune. Qu’il soit bien persuadé, qu’il a reçu le soin des âmes faibles, non la tyrannie sur les âmes saines.» Qu’il s’inspire du Christ, le Bon Pasteur, qui ne veut perdre aucune de ses brebis.

 

Jeudi 4 novembre :

Dans ce chapitre 28, nous nous trouvons devant le cas extrême du refus d’un coupable de se corriger, lorsqu’il persiste dans son orgueil, ou son entêtement, ou sa révolte, ou tout cela à la fois. Mais heureusement que cela n’arrive pas souvent.

Saint Benoît précise que tous les moyens ont été essayés pour la correction fraternelle, y compris les châtiments corporels. La limite à ces moyens, à ces tentatives pour corriger le frère coupable, c’est sa liberté. La seule solution est alors l’exclusion. Cela ne diminue pas la valeur de tous les efforts de l’abbé et de la communauté, de tout son zèle pastoral, ce zèle du berger qui part à la recherche de la brebis égarée – c’est l’évangile d’aujourd’hui. Il faut alors agir comme le vigneron qui retranche de la vigne les sarments secs.

Aujourd’hui on arrive rarement à cette extrémité : si un frère doit partir, c’est souvent à la suite d’un discernement, parfois tardif, qu’on en arrive à cette solution. Mais, quelles que soient ces situations, souvent douloureuses, on ne doit jamais cesser de prier pour celui qui s’en va et pour la communauté elle-même, afin qu’elle poursuive sa route dans la fidélité et la paix.

 

Vendredi 5 novembre :

Ce bref chapitre 29 envisage le cas d’un frère qui demande à rentrer de nouveau au monastère après avoir dû le quitter à cause, dit saint Benoît, de sa propre faute. Il doit alors faire preuve d’humilité et recommencer toutes les étapes de son cheminement monastique.

Mais il peut s’agir aussi d’une difficulté pour le frère à trouver sa place, à bien s’assurer s’il est fait pour la vie monastique, ce qui, pour certains, n’est pas évident dès le début et peut nécessiter plusieurs essais. Mais vient un moment où il faut prendre une décision. Avec le discernement de l’abbé, le frère décidera s’il persévère ou s’il se retire. De toute manière, l’abbé et la communauté font preuve de patience et de miséricorde, de confiance en l’Esprit-Saint qui inspire  la juste décision à prendre, pour le bien du frère et la paix dans la communauté.

 

Samedi 6 novembre :

Ce qui est souligné ici (chapitre 30) et surtout aujourd’hui, ce n’est pas tant l’éducation des enfants ou des adolescents puisqu’il n’y en a plus dans les monastères, mais la formation des frères. L’abbé (mais aussi les anciens) doit respecter la personnalité de chacun, en fonction de sa propre évolution, de sa compréhension de la vie monastique. Un plus jeune peut être plus réceptif qu’un frère plus âgé ! Chacun a son rythme, son tempérament, ses difficultés. L’abbé, ou l’ancien,  est là pour aider le frère à progresser dans ce qui constitue la vie monastique : humilité, obéissance, office divin, travail, vie fraternelle. Nous savons bien que nous pouvons achopper sur tel ou tel point. Nous pouvons progresser grâce à la prière et à la miséricorde reçue et donnée.

 

Père Claude
Prieur du Bec