Si tu savais le DON de Dieu… La rencontre de Jésus avec la Samaritaine nous dévoile le cheminement de la rencontre de Dieu avec chacun de nous comme la rencontre de deux désirs, de deux soifs, qui reçoivent l’une par l’autre l’eau de la communion qui féconde nos vies et donne la vie au monde.
Jésus se présente au puits de Jacob comme celui qui a soif, qui a besoin d’aide qui est fatigué par la route. La chaleur du midi est écrasante, il s’assied sur la margelle. Il ne domine pas, ne s’impose pas, il cherche la rencontre. Le plein midi, la chaleur, la fatigue de la route représentent notre vie laborieuse de tous les jours. Qui a soif dans ce récit ? Jésus, bien sûr. Dans la symbolique de Jean, on peut comprendre ici la soif de Dieu pour l’être humain, sa recherche depuis toujours : « Adam, où es-tu ?» (Genèse 3, 9.) « Je suis venu au nom de Dieu, dira Jésus, pour chercher les pécheurs et les brebis perdues ». (Marc 2, 17)
Il est environ midi : Dans un pays chaud, ce n’est pas l’heure d’aller puiser de l’eau ; la Samaritaine, mal vue dans son village, choisit cette heure pour ne rencontrer personne. Pour Jean c’est aussi symboliquement l’heure de la pleine lumière et la lumière du monde se lève sur la Samarie, avec la révélation du Messie.
Jésus, l’étranger fatigué, le juif détesté a deviné la blessure de la samaritaine. Il scrute son cœur féminin avec délicatesse, sans la froisser. Il a deviné sa soif de bonheur que n’apaisent pas les amours de passage. Cet inconnu qui se fait proche semble tendre la main pour lui révéler que, malgré ses expériences douloureuses, sa vie n’est peut-être pas un échec.
Pour redonner l’espoir à cette Samaritaine au puits de Jacob, Jésus transgresse les tabous. Jésus est un homme libre. Il ne croit pas aux blocages définitifs, aux étiquettes blessantes, aux haines ancestrales. Comme toujours, il sait redonner l’espoir à ceux et celles qui sont abattus par les difficultés de la vie : « Venez à moi vous tous qui souffrez et ployez sous le fardeau et moi je vous soulagerai. » (Mt 11,28). Le Christ sait qui elle est, mais il ne la pointe pas du doigt. Il n’essaie pas de l’humilier. Au contraire, voyant son cœur s’ouvrir, il se confie à elle.
Nous ne connaissons plus les rencontres autour du puits, le puits en plein désert ou le puits du village : combien de relations sont nées là, combien de mariages dans la Bible ? Auprès d’un puits, le serviteur d’Abraham a rencontré Rébecca, celle qui devait devenir la femme d’Isaac ; auprès d’un puits, Jacob s’est épris de Rachel ; auprès du puits de Jacob, Jésus scelle une alliance avec la Samaritaine.
Il lui propose le don véritable « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te parle » ; le don de Dieu, c’est Jésus lui-même ; c’est de le connaître : Jésus le redit dans sa dernière prière, toujours dans l’évangile de Jean « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi et celui que tu as envoyé ».
Cette Samaritaine se découvre peu à peu habitée d’une autre soif que le Christ va lui permettre d’étancher, car la source d’eau vive sourd déjà en elle en découvrant qu’elle est aimée de Dieu. Dans cette confiance, elle n’aura plus jamais « soif ». Le regard de Jésus ressuscite en cette femme l’être profond comme l’eau fraîche du puits à la chaleur de midi. Jésus creuse son désir qui devient source d’eau vive et de fécondité. Il lui montre qu’elle vaut beaucoup plus que la somme de tous ses échecs.
Et nous, où en sommes-nous dans notre vie ? Où cherchons-nous notre bonheur ? Quelle soif laissons-nous monter de notre cœur ? Le Seigneur nous attend, au plein midi pour nous offrir ce don de Dieu qu’IL est. Comme pour la Samaritaine, le Seigneur peut faire jaillir en nous une source d’eau fraîche, une fontaine de vie nouvelle : « Celui ou celle qui boira l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui, en elle, source jaillissante pour la vie éternelle. » (Jean 4, 14)
La samaritaine écoute Jésus. Elle devient tellement réceptive qu’il peut lui révéler la vraie nature de Dieu qu’il faut adorer en esprit et en vérité et répondre à son attente du Messie qui doit venir, le Christ, en lui annonçant : « c’est moi, qui te parle ».
Si tu savais le Don de Dieu, dit Jésus à la Samaritaine et à chacun de nous qui sommes à l’écoute de cette Parole de Dieu aujourd’hui. Le don de Dieu, c’est un amour gratuit qui pardonne, qui instaure la Paix en nous et insuffle l’espérance dans toute vie humaine. Le don de Dieu, c’est surtout JÉSUS. Sur notre route pascale, nous sommes attendus par Jésus. IL nous offre l’eau vive, l’Esprit qui sans cesse nous fait renaître.
En cette eucharistie, nous faisons mémoire de notre baptême. Nous sommes assemblés au nom de Jésus et la grâce de notre Baptême se trouve vivifiée par le don de l’Esprit qui nous renouvelle dans la pâque de Jésus. Ce don gratuit de Dieu est une alliance qui appelle une réponse de notre part : c’est la foi de notre baptême, appelée à s’approfondir sans cesse à l’écoute de la Parole de Dieu.
Quand Jésus parle de source jaillissante, il signifie que l’eau qui jaillit des cœurs croyants peut désormais en abreuver d’autres. C’est ce que vit la Samaritaine qui aussitôt va dire à toute la ville « J’ai rencontré le Messie » Le Seigneur nous attend, nous offre Le don de Dieu qu’IL est et nous invite au témoignage : partager comme une eau vive la bonne nouvelle du don de l’ amour de Dieu auprès de tous ceux vers qui le Seigneur nous envoie.
Fr Jean-Marie
Moine du Bec