33ème dimanche 2020 Année A (Mt 25, 14-30)

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Catégorie : Homélies

Evangile

« Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup »

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.
Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.

Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.” Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”

Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : “Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.” Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”

Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : “Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.” Son maître lui répliqua : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !” »

 

Homélie

La parabole des talents. D’abord, le maître part très loin, à l’étranger, ça cela montre qu’il fait toute confiance à ses serviteurs, il ne les surveille pas, les laisse faire complètement libres. On surveille au nom de la Loi, mais Dieu veille au nom de son Amour. C’est par amour qu’il laisse carte blanche aux serviteurs, il leur donne vraiment sa place.

Pour Jésus, ce départ est un don de lui-même, il se fait dans une relation d’amour, pas autrement. La parabole des talents est une parabole du royaume. Une fois encore, Jésus évoque le retrait de Dieu afin que le royaume des cieux se crée avec l’homme et puisse l’habiter et se révéler en lui. Dieu ne fait rien sans nous.

Quels sont ses talents ? Il me semble que c’est la foi, l’espérance et la charité, que l’on doit vivre dans l’esprit « Viens, Esprit créateur, visiter les âmes de tes fidèles, emplir de la grâce d’en haut les cœurs que tu as créés ». Comment on le chante dans le Veni Creator. En nous envoyant l’Esprit Saint, à la Pentecôte, Jésus nous a comblé des dons du Père. A chacun ses dons, selon ses possibilités. Une petite pâquerette n’a rien à envier aux plus beaux lys, elle brille à sa place dans le soleil et fait partie de l’harmonie de la nature.

Si la distribution des talents est inégale, elle n’est pas injuste. Dieu nous connaît mieux que nous-mêmes, il sait quelles sont nos capacités, ce qui nous convient. Chacun de nous a reçu des talents.

Les 2 premiers bénéficiaires les firent valoir, les firent œuvrer en eux-mêmes, ils ont mis toute leur énergie, toute leur vie à les faire rayonner. Nous le constatons encore en ce temps de pandémie où tant de gens n’hésitent pas à se mettre au service des autres, aller secourir, qu’il s’agisse de chrétiens ou non.

Le serviteur des cinq talents comme celui des deux travaille avec le même enthousiasme, la même créativité, ils sont contents du don reçu, ils ne sont pas jaloux ni envieux, ne regardent pas si l’autre a reçu plus ou moins.

Le troisième serviteur enterre le don : « J’ai eu peur et je suis allé cacher ton talent dans la terre ». En fait, il s’enterre lui-même. Il est passé à côté de Dieu qui l’appelait, il n’a pas reconnu la beauté de cet appel. Il est aussi passé à côté des autres, il est passé à côté des moments de rencontre et d’échanges qui donne du sens à la vie, il est passé à côté de la fête.

Jésus est venu nous inviter à sortir de nos morts et à commencer une résurrection avec lui, par la force de son Esprit en nous. L’immobilisme et la paresse ne sont pas de mise dans l’évangile. Veiller ne signifie pas attendre passivement sans rien faire.

Être prêt, c’est agir avec sérieux, faire son travail sérieusement comme de bons ouvriers, de bons artisans. Les opportunités offertes aux serviteurs peuvent être de natures et d’importances diverses, elles doivent toujours être fidèlement exploitées avant le retour du Maître comme la règle de Saint Benoît nous le rappelle chaque jour.
Dieu est venu ouvrir les fenêtres de nos vies et il en est mort. Jésus a vaincu la mort. Mon histoire personnelle, mes blessures, mes ressentiments, ma soif de revanche, tout cela est sacrifié, offert avec le Christ. En lui et par lui, une guérison définitive s’opère, elle passe par l’œuvre de nos mains, de nos cœurs.

 

Frère Michel
Moine du Bec